Janvier 2005 - Allons Mourir Plus Loin
Elle est le commencement de beaucoup de choses . Je m'ennuyais ferme à réviser un exam que je savais trop dur pour moi ce jour là . Et les infos nous matraquaient d'images sur de pauvres gens qui avaient tout perdu : leur maison, leur famille ... le tout accompagné de jolies phrases pompeuses du genre : "Ces gens ont tout perdu . Ils en ont même perdu tout espoir ... Sous nos yeux impuissants, se déroule une scène d'une tristesse sans comparaison ..." Bref, ils ne faisaient plus de l'information ce jour-là, mais bel et bien une course à l'audience . Et je n'arrivai pas à me concentrer sur mes cours ... c'est l'excuse que j'ai trouvé peut-être à ce moment-là mais j'ai pris ma guitare et les mots ont coulé tout seul . La première partie ( jusqu'avant le premier pont ), je l'ai écrite juste avant le journal de 13h ... avant leur fameuse minute de silence . Commentée, analysée ... bref, encore un outil médiatique, alors qu'à des kilomètres de là, les gens souffraient encore et espèraient juste retrouver un semblant de vie sans caméra ...
Et puis, je me suis demandé combien de temps ils allaient "pleurer" le drame ... s'ils étaient sincères où s'ils se servaient vraiment de l'évènement . Et avec le recul, je me rend compte que du jour au lendemain, ceux qui avaient fait de leur "20 heures" le succès qu'on connait, n'avaient plus eu de "pensées télévisées" pour ces gens ... peut-être pour ce qu'ils appellent "l'anniversaire" .
Mais plus loin que cet évènement, je commence à voir de plus en plus, qu'on assiste à une montée du journal à "spectacle" . C'est à celui qui aura le reportage le plus regardé ... Comme une impression qu'au plus un drame est horrible, au plus on peut jouer sur le sentiment de bouleversement des gens . Ca ne devient plus de l'information alors, mais bel et bien du spectacle ! Et ça me dégoûte !
C'est de tout ce dégoût qu'est née "Allons Mourir Plus Loin" ... je pense sincèrement que dans le coeur de celui qu'on filme avec son fils en train de vivre ses derniers instants, il doit y avoir ces quatre mots . Laissons nous vivre comme on le souhaite, et à défaut de choisir sa vie, qu'on nous laisse vivre nos derniers moments sans caméra ...
Extraits :
"Regarde les, ils nous épient / Même maintenant et même ici ..."
"Notre cimetière des éléphants n'a plus rien de secret / Même les morts ne reposent plus en paix / Ils filment tout pour un petit bout d'antenne, viens / Allons mourir plus loin ..." |